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Guadeloupe. LKP 2011 : l’heure de vérité ?

ACTU, CARAIBES, SOCIETé | sxm info | 15 janvier 2011 23 h 20 min | 269 Vues

Par Céline Nirin de notre partenaire Caraib Creole News

Pointe à Pitre. Vendredi 14 janvier 2011. CCN/LMD. Après un long silence, notre consœur « Le Mika déchainé » (LMD) renait (enfin) de ses cendres. C’est tant mieux, car son absence commençait à se faite sentir. La presse et l’opinion guadeloupéennes ont grand besoin de cette dimension critique, de cette impertinence nécessaire au débat. En titrant sur LKP et sur le devenir du « Lyannaj », LMD est pratiquement sûr de ne pas rater sa rentrée dans le paysage médiatique de la Guadeloupe. Ce numéro 29, qui paraît après une longue coupure mérite donc le détour chez votre vendeur de journaux habituel. Mi foto ay !

Le début d’année s’annonce chaud !!!… Oui, chaaaaaud, mais pas seulement à cause de la longue saison carnavalesque qui s’amorce. Non, c’est d’une autre chaleur dont on nous parle, celle qui vient de la rue, des masses mécontentes et prêtes à en découdre avec les pwofitans.
En effet, le 15 décembre, à la fin de deux journées de mobilisations mitigées, notre fulgurant Elie Domota, appelait avec véhémence « à prendre toutes les dispositions, je dis bien, toutes les dispositions nécessaires pour « déchouké » la pwofitasyon et tous ceux qui la soutiennent (sous-entendu « tous nos élus qui se soumettent bêtement et lâchement à l’Etat colonial français », dont « le principe fondateur n’est qu’aliénation et domination » !) (Intervention Elie Domota du 15-12-210 reportage UGTG sur le site ugtg.org)
Bref, « l’opération déchoukaj de la pwofitation » était lancée…
Mais deux ans après sa constitution, LKP est plus que jamais un objet politico-social non identifiable. Qui est-il, que veut-il, où va-t-il, où nous emmène-t-il ?
Que de questions, que d’interrogations !!! Mais alors, où diable, trouver des éléments de réponses ? Le Mika se propose d’aller au cœur des choses, d’aller chercher les réponses dans les écrits mêmes du LKP. Et, comme à son habitude, armé de son esprit perfide et de sa plume irrévérencieuse, il s’est plongé dans la très dense littérature LKPienne, élaborée à longueur de tracts, pour apporter un éclairage, son éclairage très mikayen…

LKP, qui est-il, que veut-il ?

Au départ le LKP se présentait comme une organisation émanant du peuple, issue d’un rassemblement de diverses organisations et associations. « Le LKP est notre construction, notre idée, notre outil, notre conscience. LKP c’est nous !!!», ou encore, « Le LKP c’est un rassemblement d’organisations, de jeunes, de femmes, d’hommes, de tous ceux qui, marchant ensemble veulent construire une nouvelle société en Guadeloupe ; société qui aura vocation à pourvoir à tous : nourriture, éducation, conscience, santé, logements, travail et respect, et ce, selon nos propres coutumes » (traduit du créole) (Tract des Revendications du LKP du 20-01-2009)
A première vue, un programme s’articulant autour de revendications sociales et consuméristes (les 200 € sont demandés « pour relancer le pouvoir d’achat et soutenir la consommation des produits guadeloupéens » selon le Tract des Revendications LKP), sans prétention politique. Mais, au fil des mois, petit à petit, subrepticement…, le LKP affirme des revendications clairement indépendantistes dans la lignée de celles ressassées depuis ces 50 dernières années par nos organisations nationalistes. Il se définit comme « un mouvement de masse anticolonialiste, anticapitaliste à caractère révolutionnaire visant à l’unification des forces politiques, économiques et sociales et à la transformation des rapports sociaux pour la satisfaction des revendications immédiates et fondamentales du peuple de Guadeloupe, telles qu’établies dans notre plate-forme de revendications de décembre 2008 ». (Tract LKP Konfyans pou demen du 10-09-2010) »
Alors reprenons mot à mot cette rhétorique marxienne utilisée par le LKP pour se définir :
-Mouvement de masse : il s’agit d’un mouvement ayant une base sociale (en l’occurrence les « nou » : les travailleurs, consommateurs et plus largement ceux qui s’estiment victimes des « yo », les pwofitans).
-Anticolonialiste : cela renvoie à un mouvement menant une lutte anticolonialiste, à savoir menant une lutte de libération nationale. Il est donc clairement affirmé l’objectif politique de mener une lutte pour l’indépendance de la Guadeloupe.
-Anticapitaliste : ici, est exposée la volonté de créer en Guadeloupe, une fois l’indépendance acquise, une société nouvelle, non capitaliste, c’est-à-dire socialiste (sans classes sociales).
-A caractère révolutionnaire : là, il est question des moyens employés pour parvenir à ces objectifs d’indépendance et de création d’une société socialiste. Le caractère révolutionnaire indique que la voie de la réforme est rejetée, on lui préfère la voie de la transformation radicale de la société par la prise de pouvoir (quels qu’en soient les moyens !). En tout cas, le moyen des

urnes n’est pas un moyen privilégié par le LKP, au regard de son positionnement antiélectoraliste pendant les dernières élections régionales.
-Visant à l’unification des forces politiques, économiques et sociales et à la transformation des rapports sociaux (…) : cette unification de toutes les forces du pays s’inscrit dans les objectifs à moyen terme du LKP. Elle est nécessaire pour la création d’un front commun contre le colonialisme sur une base nationaliste : unissons nos forces pour libérer la nation. Toutefois, la volonté de réaliser cet objectif ne doit pas faire oublier l’objectif qui consiste à court terme à lutter, au quotidien, pour la satisfaction de revendications visant à l’amélioration des conditions de vie et de travail. Dans son Tract Konfyans, le LKP parle de « la satisfaction des revendications immédiates et fondamentales du peuple de Guadeloupe telles qu’établies dans notre plate-forme de revendications de décembre 2008 ».
-La « satisfaction des revendications fondamentales » s’inscrit, elle, dans l’objectif à long terme. Elle est rendue possible par l’accession à l’indépendance et éventuellement par l’instauration d’une société socialiste si l’on se réfère aux prises de position anticapitalistes du LKP.

Mais, dans son Tract Opérasyon Déchoukaj du 15-12-2010, le LKP brouille quelque peu les pistes sur sa véritable identité. Les « ansam, ansam » du début se sont transformés en « le LKP et les organisations qui le composent ». Ainsi, le LKP se pense donc en entité différente des organisations qui le composent ! Y aurait-il le LKP, incarné par sa tête pensante Domota, et, bien à part, les autres organisations ? De quoi créer la confusion au sein des organisations politiques membres du LKP, inévitablement livrées à une lutte d’influence pour la maîtrise politique du mouvement. C’est sans doute la conscience du risque de perdre toute identité politique « dans ce panier à crabe idéologique », qui a poussé le parti communiste guadeloupéen à s’exclure du LKP : « Des nationalistes-syndicalistes (comprenez l’UGTG), usant d’un rapport de forces, aujourd’hui en leur faveur, stérilisent le LKP, (…) » (Tract du PCG du 3-10-2010 annonçant son départ du LKP)

Le talon d’Achille du LKP est cependant ailleurs. Ce qui a fait sa force révèle aujourd’hui sa faiblesse. Il a su mobiliser 44 jours durant des dizaines de milliers de personnes autour de son programme. De cette mobilisation, il a fait la base de sa légitimité. On peut reconnaître à la rue une forme de légitimité. Mais si le LKP par tous les moyens cherche aujourd’hui à se faire reconnaître comme un interlocuteur institutionnel aux yeux des autorités publiques, ce n’est qu’au prix de l’entretien du mythe de la mobilisation de 2009. Mais, en se mythifiant, le LKP devient une sorte de mystification, au niveau principalement de sa structure. D’une organisation de rassemblement, le LKP semble s’être transformé en bras politique de l’UGTG. Son porte-parole ne porte guère que la parole et l’idéologie du syndicat dont il est par ailleurs le secrétaire général (l’UGTG). Rappelons que l’objectif d’indépendance est distinctement exposé dans les statuts de l’UGTG. C’est un choix. Mais par voie de conséquence le discours du LKP s’est radicalisé et politisé. Dans ces conditions, on peut légitimement se demander si les associations corporatistes (agriculteurs, handicapés, protection de l’environnement, usagers et consommateurs) ou même les Verts qui font, encore partie à ce jour du LKP (alors qu’Harry Durimel a été élu sur la liste de Victorin Lurel, enfin bréfons), se reconnaissent dans les objectifs politiques ouvertement orientés vers l’indépendance de cette structure? La question mérite d’être posée!!!
Tout le monde fait semblant de ne rien voir, de ne rien comprendre. Il n’est pourtant pas certain que tous ceux qui marchent encore derrière le LKP partagent ses options politiques. Mais, chacun peut, lorsque cela peut s’avérer nécessaire, se revendiquer du LKP et l’instrumentaliser, à sa guise, selon ses intérêts (face à un patron retors, face aux institutions, face à son propriétaire ou autre pwofitan…) tout en jouant le jeu de la solidarité et de l’unité.

LKP, où va t-il, ou nous emmène t-il ?
A propos de la mort ou de la survie du LKP se développent sous nos yeux diverses stratégies

dont l’enjeu est éminemment politique. L’Etat, après avoir tout fait pour réduire la portée sociale de l’accord Bino, entend clairement ne pas légitimer le LKP comme interlocuteur institutionnel. Lorsque le LKP écrit, c’est à l’UGTG que l’on répond. Pour l’Etat, le LKP n’était qu’un interlocuteur de circonstance dans un moment de crise…
Ce conflit de légitimité rend le dialogue impossible entre les deux partis. Fidèle à sa logique, l’autorité préfectorale annonce nonchalamment qu’elle « ne souhaite pas rencontrer le LKP », malgré la réunion de plusieurs milliers de manifestants devant les grilles de la sous-préfecture (mobilisation du 14-12-2010).
La position des collectivités locales, Région et Département, est un peu plus nuancée, mais vise cependant le même but : ne pas institutionnaliser le LKP en tant qu’interlocuteur. Ainsi les présidents des conseils régional et général, répondent à Élie Domota en tant que porte-parole du LKP, mais indiquent être disposés à recevoir les syndicats sur des thèmes précis. (Courrier de réponse au LKP du 18-11-2010)
L’institutionnalisation de sa représentativité est pour le LKP un enjeu crucial. En ce sens, les mobilisations du 26 octobre et des 14 et 15 décembre 2010 se sont voulues une démonstration de force, autant politique que sociale, afin que le LKP soit reconnu comme une « Autorité » incontournable. Raviver ce qui peut l’être et tenter une grosse campagne « de com’ », pour janvier 2011, relève de la même préoccupation. Ce qui oblige le LKP à une surenchère permanente pour ramener ses troupes dans la rue.
(…) « Après deux journées de mobilisation, les 14 et 15 décembre 2010 : (…) Nous sommes donc dans la même configuration qu’au mois de décembre 2008. Par le refus de la discussion, par le mépris constamment affirmé pour les légitimes préoccupations des larges masses, l’Etat colonial ne peut provoquer que colère et révolte.
(…)En conséquence, le LKP et les organisations qui la composent, appellent les Travailleurs et le Peuple de Guadeloupe à s’organiser et à se placer résolument dans la perspective d’un nouveau mouvement, beaucoup plus ample qu’en janvier 2009 et d’une portée décisive, mouvement renforcé par l’expérience acquise de nos deux années de lutte.
Il s’agira alors, et ce dès maintenant, pour l’Autorité LKP de construire : « l’opération déchoukaj de la pwofitasyon ». (Tract Opérasyon Déchoukaj du 15-12-2010)

Mais cela suffira t-il à raviver la flamme ? Le LKP est-il vraiment en mesure de mener les grands mouvements promis pour janvier 2011 ? Beaucoup en doutent…

Même ses proches interpellent le LKP sur ses limites stratégiques :
« (…) En continuant, tout en se proclamant mouvement de masse anticolonialiste, anticapitaliste, révolutionnaire, à ignorer la profonde déception de ceux qui ont lutté pour changer la situation et à ne pas mettre en place une stratégie claire prenant appui sur le possible, le LKP ne sert pas l’objectif d’unification.
(…) Mais, en l’absence d’une stratégie claire, élaborée collectivement, et d’une position transparente sur les voies et moyens pour atteindre les objectifs fixés démocratiquement, le Parti suspend sa participation à toutes instances de direction et d’exécution du LKP » (Tract du PCG du 3-10-2010 annonçant son départ du LKP)

Un peu de réalisme, un peu de cohérence, et plus de démocratie : voilà les vœux formulés par l’équipe du Mika au LKP. Car indépendamment de ses mystifications idéologiques, de ses fortes tendances à l’obscurantisme, le LKP n’est pas un simple accident de l’histoire. Il a su éveiller dans le cœur des Guadeloupéens une forme de conscience politique nouvelle, basée sur une volonté de mieux connaître notre réalité socio-économique et de mieux prendre part à la construction du pays. Les désillusions sont sans doute à mettre également au compte de nos contradictions et de nos ambigüités.

Céline Nirin

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Tags: 2011, antilles, caraïbe créole news, ccn, guada, guadeloupe, info, LKP

2 Commentaires

  1. yan dit :
    5 mars 2011 à 8 h 57 min

    Le der­nier jour de la retrans­mis­sion des négo­cia­tions au WTC de Jarry,

    C’était un mardi soir, Elie Domota dans un ultime bras de fer avec ses oppo­sants, évo­que le finan­ce­ment occulte de l’UMP par les grands grou­pes Békés, le pré­fet de Gua­de­loupe passe alors par tou­tes les cou­leurs ima­gi­na­bles, du rire jaune, au rouge de l’étouf­fe­ment jusqu’à l’asphyxie vio­la­cée, celui-ci annonce alors la fin de la retrans­mis­sion télé­vi­sée des débats, la fin des négo­cia­tions aura donc lieu à huit-clos loin des médias et du regard de la popu­la­tion.

    A l’évo­ca­tion de ces finan­ce­ments occul­tes, le malaise est pal­pa­ble dans la salle, chez les repré­sen­tants de l’état, chez les élus comme chez les repré­sen­tants du patro­nat. Elie Domota sem­ble avoir fait mou­che en tou­chant le nerf de la guerre, à savoir que le pou­voir n’est pas poli­ti­que, il est éco­no­mi­que et que l’on ne peut rien atten­dre de la part des mem­bres du gou­ver­ne­ment et des élus dont les cam­pa­gnes élec­to­ra­les sont finan­cées par de grands grou­pes pri­vés et dont les inté­rêts et aspi­ra­tions ne sont plus ceux du peu­ple mais ceux de ces mêmes grou­pes dont ils dépen­dent, auquel s’ajou­tent leurs pro­pres ambi­tions car­rié­ris­tes et éco­no­mi­ques. Ces quel­ques phra­ses du lea­der du LKP et plus encore les réac­tions qu’elles ont sus­cité chez nos diri­geants démon­trent de manière indis­cu­ta­ble et aux yeux de tous, les con­flits d’inté­rêts qui régis­sent le simu­la­cre de démo­cra­tie dans laquelle nous vivons et expli­que pour­quoi les mono­po­les qui étouf­fent la Gua­de­loupe, per­du­rent depuis si long­temps.

    « Con­flits d’inté­rêts », Affaire Bet­ten­court, Media­tor, chlor­dé­cone, dioxine, amiante … la liste est lon­gue de ces scan­da­les où l’inté­rêt privé est pri­vi­lé­gié au détri­ment de l’inté­rêt com­mun ou pire encore de la santé publi­que, et qui enva­his­sent aujourd’hui nos médias.

    Mais ne soyons pas dupe, ceci n’est que la par­tie émer­gée du gigan­tes­que ice­berg qui gan­grène notre société. Les finan­ce­ments occul­tes ne relè­vent pas du mécé­nat poli­ti­que, quand un puis­sant finance un diri­geant poli­ti­que, il inves­tit une petite somme au regard des pro­fits qu’il engen­drera grâce aux exo­né­ra­tions, pro­tec­tion ou attri­bu­tion de mar­ché et autres ponts d’or que les pou­voirs poli­ti­ques ainsi cor­rom­pus, lui accor­de­rons.

    Nos socié­tés moder­nes, nos états, en se lais­sant cor­rom­pre à leurs têtes et en orga­ni­sant la fuite des capi­taux des­ti­nés à la cons­truc­tion de la nation, ce sont lais­sées dépos­sé­der de leur sou­ve­rai­neté. En regar­dant l’his­toire et sans aucune nos­tal­gie pour l’auto­cra­tie, nous cons­ta­tons qu’avant la révo­lu­tion indus­trielle, les pays fonc­tion­nant sous régime monar­chi­que, pos­sé­dait une réelle sou­ve­rai­neté, poli­ti­que, éco­no­mi­que, garan­tie par leur diri­geant et si l’his­toire nous mon­tre que bien peu de ces sou­ve­rains se sont mon­trés bon et sou­cieux du bien-être de leur peu­ple, de cette épo­que, sub­siste un seul mérite, la pos­si­bi­lité pour le peu­ple de se sou­le­ver le moment venu con­tre le res­pon­sa­ble de leur ser­vi­tude, ce même monar­que. Après l’avè­ne­ment de la révo­lu­tion indus­triel et du capi­ta­lisme libé­ral, les états ont à force de cor­rup­tion, perdu peu à peu leur puis­sance éco­no­mi­que pour deve­nir les pays suren­det­tés que nous som­mes aujourd’hui.

    Les nou­veaux sou­ve­rains, ces hyper-capi­ta­lis­tes, ces rois de la finance sont deve­nus apa­tri­des, donc sans pays, sans peu­ples … sans foi ni loi pour la nation. Ces pon­tes de l’éco­no­mie et de la finance font la pluie et le beau temps sur l’échi­quier inter­na­tio­nal, ils créent des fami­nes en spé­cu­lant sur les den­rées ali­men­tai­res et réa­li­sent des béné­fi­ces sub­stan­tiels, alors que dans le même temps cette hausse des prix qu’ils ont pro­vo­qué, engen­dre la mort de mil­liers de pau­vres qui ne peu­vent plus ache­ter cette den­rée deve­nue trop chère. Ils salis­sent et pol­luent ce ber­ceau de l’huma­nité qu’est la terre au nom du tout pro­fit.

    Ils créent l’exclu­sion et la souf­france, oubliant que le con­som­ma­teur, c’est d’abord le tra­vailleur, car ne nous voi­lons pas la face, ceux qui réa­li­sent le chif­fre d’affai­res de ces grands grou­pes, ce ne sont pas ces diri­geants eux-même mais les 90% de gens modes­tes qui achè­tent leurs pro­duits, ce mêmes 90% de gens qui tra­vaillent et font fonc­tion­ner leurs entre­pri­ses.

    Nous avons perdu la maî­trise de notre des­tin, en lais­sant à d’autre le droit de déci­der à notre place de ce qui est bon pour nous et nous cons­ta­tons aujourd’hui avec tris­tesse que les puis­sants qui nous diri­gent se sont mon­trés inca­pa­ble de cons­truire le monde que nous sou­hai­tons pour nos enfants, scan­da­les finan­ciers, éco­lo­gi­ques ou de santé publi­que, la liste est lon­gue des déri­ves qui affec­tent nos socié­tés, la pro­messe d’un monde meilleur ne vien­dra pas de ces diri­geants dont les choix sont dic­tés par des inté­rêts vils et égoïs­tes et qui n’ont prouvé jusqu’ici que leur incom­pé­tence dans la cons­truc­tion d’une société plus juste.

    Que faire pour que la voix popu­laire se reflète enfin dans les déci­sions poli­ti­ques et éco­no­mi­ques ? Existe-il aujourd’hui des solu­tions qui nous per­met­tent de sor­tir de cette impasse ?

    Oui, les solu­tions exis­tent mais pour com­pren­dre quel­les sont les orien­ta­tions à pren­dre, il faut être cons­cient des méca­ni­ques éco­no­mi­ques de ces grands pôles finan­ciers et com­pren­dre leurs réac­tions lors­que les voix popu­lai­res ten­tent de se faire enten­dre et inflé­chir le des­tin de nos socié­tés. Car il faut être réa­liste, le mou­ve­ment du LKP dont la légi­ti­mité et les reven­di­ca­tions sont incon­tes­ta­bles, n’ont pas fait poser le genou à terre aux grands grou­pes et l’heure du bilan ne laisse pas entre­voir d’évo­lu­tion posi­tive. Posons-nous la ques­tion de la sin­cé­rité des pro­mes­ses fai­tes par les gou­ver­nants, les indus­triels, lors­que par exem­ple, ils nous annon­cent des bais­ses de tarifs, deman­dons-nous si ces bais­ses sont effec­ti­ves et péren­nes, et si l’embal­lage de nos pro­duits n’a pas changé, le con­tenu est-il le même ou baisse t-on la qua­lité de nos pro­duits ali­men­tai­res pour main­te­nir les mar­ges et pré­ser­ver les béné­fi­ces des action­nai­res. Lors­que l’on cons­tate que fin 2010, les entre­pri­ses du CAC40 ont réa­lisé plus de 40 mil­liard de divi­den­des pour leurs action­nai­res, on com­prend que les plans de rigueur et d’aus­té­rité annon­cés ne con­cerne pas ces action­nai­res qui à coup de délo­ca­li­sa­tion et d’aug­men­ta­tion des prix pro­tè­gent leurs inté­rêts … et c’est une fois de plus à la popu­la­tion qu’on demande de met­tre la main à la poche.

    Pour ten­ter d’éta­blir une ébau­che de solu­tion, pre­nons en exem­ple le der­nier coup de gueule d’ Eric Can­tonna, on peut y éta­blir un paral­lèle avec les mou­ve­ments sociaux qu’ont connu la Gua­de­loupe, en effet les moti­va­tions de Can­tonna sont tou­tes aussi légi­ti­mes que cel­les du LKP, à savoir, avoir une vision réa­liste de la société, de ses pro­blè­mes et l’envie de trou­ver des solu­tions qui nous amè­nent vers une société plus juste. La com­pa­rai­son ne s’arrête pas là car si les bras de fer pro­po­sés par Can­tonna ou le LKP sont légi­ti­mes par les dyna­mi­ques qui les nour­ris­sent, ces bras de fer s’avè­rent, on le cons­tate aujourd’hui, tota­le­ment inef­fi­ca­ces et pour une rai­son très sim­ple, car ils ne créent pas de con­tre-pou­voir. En effet, lorsqu’une épreuve de force est ten­tée en direc­tion des diri­geants éco­no­mi­ques, ceux-ci réa­gis­sent par une poli­ti­que auto-pro­tec­tion­niste, en aug­men­tant les tarifs, en bais­sant la qua­lité des pro­duits mais pas leurs prix, en délo­ca­li­sant les indus­tries vers des pays dont la main d’œuvre bon mar­ché est mal­léa­ble et cor­véa­ble à merci, …

    Les solu­tions exis­tent et M. Can­tonna, même si sa pro­po­si­tion reste mala­droite, nous ouvre une piste à explo­rer :

    Reti­rer son épar­gne des ban­ques pour le lais­ser chez soi, même si cette action s’avé­re­rait dans un pre­mier temps dés­ta­bi­li­sante pour les ban­ques, ne pro­vo­que­rait que des réac­tions pro­tec­tion­nis­tes de leur part, à savoir comme cité pré­cé­dem­ment, aug­men­ta­tion des tarifs … et ris­que­rait d’affai­blir au final et une fois de plus les con­som­ma­teurs. Tout comme les actions du LKP, si elles devaient abou­tir ini­tia­le­ment sur situa­tion plus juste, n’ont au final que fra­gi­lisé les peti­tes entre­pri­ses, la masse popu­laire et pro­vo­qué une aug­men­ta­tion sup­plé­men­taire du coup de la vie, et cela non pas à cause du LKP lui-même, mais à cause de la poli­ti­que des pré­ser­va­tions des mar­ges action­na­ria­les qui en a résulté et l’absence de volonté des diri­geants à sup­pri­mer les mono­po­les qui étouf­fent la Gua­de­loupe.

    Pour espé­rer voir bou­ger les cho­ses, il est donc néces­saire de créer un con­tre-pou­voir éco­no­mi­que et non-plus poli­ti­que, les élus ayant démon­tré leur limi­ta­tion à faire chan­ger la situa­tion. Il faut donc créer un fond d’inves­tis­se­ment com­mun, reti­rer son épar­gne, oui mais pour l’inves­tir dans un pro­jet com­mun et nova­teur qui per­met­trait en outre de créer une entre­prise d’import de den­rée, des maga­sins où seraient dis­tri­buées ces den­rées, per­met­tre éga­le­ment l’accès de ces ali­ments aux com­mer­ces de proxi­mité, car il ne s’agit pas de met­tre en dan­ger la petite dis­tri­bu­tion. Une telle entre­prise per­met­trait de faire bais­ser rapi­de­ment et de manière signi­fi­ca­tive et dura­ble, les prix de l’ali­men­taire et par la con­cur­rence qu’elle crée­rait, for­ce­rait la grande dis­tri­bu­tion à revoir leurs mar­ges de manière plus réa­liste. Si un tel pro­jet est pos­si­ble, existe-t-il un frein ou un bémol à sa mise en place ? En inter­ro­geant des Gua­de­lou­péens sur une telle solu­tion, je me suis sys­té­ma­ti­que­ment heurté à la même réponse : « Les Gua­de­lou­péens ne sont pas capa­bles de se mobi­li­ser, ils ne voient que leur pro­pres inté­rêts, ils pré­fè­rent être assis­tés plu­tôt que s’enga­ger … »

    Je ne suis pour ma part pas d’accord avec ce cons­tat, je pense que le mou­ve­ment du LKP à démon­trer la for­mi­da­ble capa­cité du peu­ple à se mobi­li­ser pour une même cause et se faire enten­dre d’une même voix, la popu­la­tion gua­de­lou­péenne à démon­trer ainsi qu’elle pos­sé­dait la force de cohé­sion et la matu­rité néces­saire pour repren­dre son des­tin en main.

    Mais pour obte­nir une mobi­li­sa­tion finan­cière d’enver­gure de la part de la popu­la­tion, il est néces­saire d’uti­li­ser les mêmes armes que les indus­triels, c’est à dire obte­nir le sou­tien de per­son­na­li­tés dans les­quels le peu­ple se recon­naît (artis­tes, spor­tifs de haut niveau), créer une cam­pa­gne publi­ci­taire où ces mêmes per­son­na­li­tés pré­sen­te­rait l’inté­rêt d’un tel inves­tis­se­ment, inté­rêt qui est facile à démon­trer :

    Ima­gi­nez que vous inves­tis­siez 200 euros, si par la suite vous fai­tes une éco­no­mie de 50 euros tous les mois sur vos achats, votre inves­tis­se­ment est ren­ta­bi­lisé au bout de 4 mois, l’année sui­vante vous aurez éco­no­misé 600 euros, 6000 euros sur les dix années qui sui­vent, autant d’argent dis­po­ni­ble pour sa mai­son, les étu­des de ses enfants … Qui serait con­tre une éco­no­mie de 50 euros tous les mois et jusqu’à la fin de sa vie ? L’inves­tis­se­ment de départ sem­ble bien déri­soire en vue des béné­fi­ces pour tous …

  2. François Max REMUS dit :
    25 juillet 2011 à 10 h 36 min

    Bonjour,

    Très intéressant ce petit mot. Surtout la dernière partie concernant la mise en oeuvre d’une société commmerciale Solidaire (200 € d’investissement….).

    Est-ce juste une idée ou bien autre chose. En tout cas ma question est simple Comment puis-je m’investir dans ce projet afin qu’il puisse voire le jour (enfin peut être..)

    Bien à vous.

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